samedi 17 30h vernissage à moulin de vies suivi d’un cocktail “raw food”…
organisé par l ‘éditeur suisse Patrick Amstutz … passionné de littérature française et suisse Patrick reçoit et fait hommage au poète Giauque ….  dont une des dernières oeuvres se passe à Lamboing, dans le quartier des Moulins… 

photo: Charly Rappo

photo: Charly Rappo

Après deux ans de silence, Gabby Marchand interprétera prochainement des poèmes de Francis Giauque

«Je n’ai pas fait ce boulot pour le fric»

-STÉPHANIE SCHROETER

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Poèmes et chansons > Il potasse. Le repas est à peine terminé dans ce café du Bourg à
Fribourg à deux pas du domicile qu’il occupe depuis quarante
ans à la rue de Lausanne. Gabby Marchand est studieux. Têtes
de sangliers et autres sympathiques bestioles au mur, boiseries,
l’ambiance est rustique. Un peu à l’image du chansonnier
fribourgeois. Un gars de la «Basse» légèrement rugueux
mais qui se laisse parfois aller à quelques sourires tendres
après avoir ronchonné sur la vie, l’existence, les dérives d’internet
et le reste de l’humanité. L’homme ne se cache plus derrière
ses petites lunettes et sa barbe qu’il vient d’ailleurs de
couper mais qui repoussera sans doute. Il se dévoile et il
révise à quelques jours de remonter sur scène après presque
deux ans de silence. Il se produira le 20 août prochain à
Lamboing dans le Jura bernois près de la maison natale du
poète Francis Giauque auquel il rendra hommage comme il
l’avait déjà fait au début des années 1970.

Gabby, ça vous stresse de remonter sur scène?

Gabby Marchand: Je ne remonte pas sur scène! C’est un minitour
de chant que je fais en interprétant sept ou huit chants dédiés
à ce grand poète jurassien. Des chansons que je rechante pour
la première fois depuis quarante ans. Je ne suis pas inquiet et je
n’ai pas encore eu le temps d’avoir peur. Je me réjouis. Vous
savez, j’ai dû annuler des concerts l’année passée à cause
de problèmes de santé. Je n’aurais jamais pensé que je rechanterais
un jour.

«Je suis comme un arbre qui a plusieurs branches»
– Gabby Marchand

Vous avez aussi mis en musique, il y a deux ans,
des textes du poète Jean Cuttat. Une révélation?

Tout a commencé dans les années 1970. Je connaissais alors
Bertil Galland et Mousse Boulanger qui avaient organisé les
Rencontres poétiques du Jorat. J’y ai découvert plein de poètes
romands dont Jean Cuttat. Une révélation effectivement. J’ai
aussi rencontré la comédienne Edmée Croset avec laquelle on
a monté un spectacle La gueule dans les étoiles. Elle disait les
poèmes et moi je jouais de la guitare. On a fait une tournée.

Comment êtes-vous arrivé à la musique?

Je suis venu à la musique par Elvis Presley dont j’écoutais les
chansons en écrivant mes textes. Je ne les ai jamais retrouvés
d’ailleurs. C’est comme ça que j’ai commencé. Ma première
vraie bonne amie, une Bâloise installée à Genève et que je rejoignais
en vélomoteur, m’a offert une petite guitare. J’ai composé
ma première chanson à 17 ans et demi. Elle s’appelait Souvenir
lointain. A 17 ans! (rires).

Vous écrivez toujours?

Je n’écris plus de chansons depuis deux ans. A l’hôpital lors
de mes derniers séjours, j’ai écrit une petite centaine de quatrains.
La recherche d’argent pour financer mes deux derniers
disques m’a déstablisé, épuisé. Ça a été une charge trop lourde.
Les gens croient que c’est facile… Ce que je fais, commercialement
ça n’intéresse personne! Les maisons de disques choisissent
ce qu’elles peuvent dicter. Moi, je suis un insoumis. Je gratte ma
guitare, j’écris mes mélodies. Je ne suis pas un vrai grand musicien
mais j’ai toujours été respecté dans mon travail.

De quoi vivez-vous?

Je ne vis pas de la musique! J’ai 73 ans, je touche l’AVS, je n’ai
pas de voiture. Je vis avec trois fois rien mais c’est déjà beaucoup.
Je suis habitué, c’est dû au monde d’où je viens. Je n’ai jamais
fait ce boulot pour le fric, ce n’est pas possible!

Vous avez quand même connu un peu de succès…

Oui, mais je n’ai jamais été une célébrité et je ne me suis jamais
comporté comme une vedette.
Je n’ai jamais accordé d’importance
au succès.

Mais vous dites avoir besoin de reconnaissance…

J’en ai besoin. Quand on fait un boulot et qu’on le montre, on a
besoin d’être reconnu.

Ça vous ennuie qu’on se souvienne de vous comme le chanteur pour enfants?

Non! Ça a été un moment de ma vie. J’ai souvent dit que je suis
comme un arbre qui a plusieurs branches. La branche principale
et le tronc, ce sont mes chansons que j’appelle mes nécessités. Il y
a toujours quelque chose dans mes chansons qui sort de moi par
nécessité. Les poèmes que j’ai mis en musique sont une branche.
Une autre branche est pour les enfants avec lesquels j’ai travaillé
et composé des chansons dans des ateliers en Suisse, en
France, en Belgique, au Maroc ou en Tunisie. Je ne trouve pas
cela réducteur mais heureusement que je n’ai pas fait que ça.

Le temps qui passe vous rend-il nostalgique?

Non. Je ne fais pas partie de ces gens qui pensent qu’avant c’était
mieux. C’était autrement. La musique m’a rendu heureux et
c’est encore le cas maintenant.

Qu’aimeriez-vous qu’on retienne de vous?

Je m’en fous! Je suis un artiste multiple. Ah, je ne vous ai pas dit.
Je chante aussi en singinois.

Samedi 20 août, 17 h 30
moulin de Vies, Lamboing.

GABBY, LE «MEC DE GAUCHE», POÈTE ET REBELLE DE LA BASSE-VILLE

«Cette photo illustre l’intérieur d’une pochette d’un de mes disques (Je me
souviens de l’Auge en Basse-Ville sorti en 2005, ndlr.). C’est moi enfant. J’ai
très peu de photos de moi petit. Maman m’avait tricoté ce pull. On était
pauvre pour de vrai et c’est peut-être pour ça que j’ai réussi à faire tout ce
que j’ai fait.

»Mon père était sous-prolétaire et ma mère ouvrière. Elle a été veuve deux
fois et a souffert de la pauvreté. J’ai été orphelin de père à l’âge de six ans mais
j’ai eu une belle enfance. J’étais chétif alors, bien sûr, je recevais des coups.
J’ai été éduqué dans la religion protestante car c’était la confession de maman.
Mais je n’en ai jamais souffert. J’ai aussi fait mes classes en allemand
alors que ma mère ne parlait pas cette langue et ne pouvait pas m’aider pour
faire mes devoirs. Ça veut dire que je ne suis pas trop toquelet!

»Je suis un rebelle dans l’âme depuis toujours. Un mec de gauche plus intéressé
par la justice sociale que par la politique partisane. Par exemple, ça
me rend fou qu’on ne tienne pas compte des voix blanches et qu’elles
soient considérées comme nulles lors des votations!

»Je suis un artiste généraliste, un rythmicien, un mélodiste. Les textes des
poètes comme Francis Giauque, je les comprends, car ils sont très proches de
moi. Ils ne parlent pas de tristesse mais de désespoir.»

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